L'application IGNrando a marqué un tournant pour beaucoup de randonneurs en France. Elle promettait de mettre la précision des cartes IGN dans la poche, sans le papier qui se désagrège sous la pluie. Mais depuis novembre 2025, le service a fermé. Si vous avez des traces GPX stockées sur l'ancienne plateforme, il est encore temps de les récupérer. Et surtout, il faut savoir vers quelle application se tourner maintenant. Voici un tour d'horizon de ce que valait IGNrando, de ses limites, et des solutions qui prennent le relais.
Pourquoi IGNrando a séduit les randonneurs
L'atout principal d'IGNrando, c'était la qualité des fonds de carte IGN. Les fameuses Top 25, au 1/25 000e, sont une référence pour tout amateur de terrain accidenté. Les courbes de niveau y sont précises, les sentiers secondaires sont indiqués, et le rendu reste lisible même quand on zoome. Sur l'application, on retrouvait cette même cartographie, avec la possibilité de télécharger des zones hors connexion. Un vrai luxe pour les sorties en montagne où le réseau mobile ne passe pas.

Autre point fort : la prise en main. L'interface était épurée. Pas de menus à rallonge, pas de choix de projection obscur. À l'ouverture, la carte s'affichait directement. Trois onglets principaux : Carte, Données (pour importer des traces ou des points d'intérêt) et Profil. Les fonctions essentielles (recherche de lieu, choix du fond de carte, enregistrement d'un point ou d'un parcours) étaient accessibles en un ou deux clics. Pour le randonneur du dimanche comme pour le marcheur régulier, ça changeait la vie par rapport à des applications plus techniques comme Iphigénie.
« Si tu passes plus de temps à régler ton appli qu'à regarder autour de toi, t'as raté ta rando. »
Cette simplicité avait cependant un revers. Les utilisateurs avancés, habitués à superposer des couches météo, des données de neige ou des profils d'itinéraires complexes, pouvaient se sentir à l'étroit. IGNrando visait le grand public, pas les techniciens du GPS.
Les cartes et fonctionnalités qui faisaient la différence
En version payante (16,99 € par an), l'application débloquait l'accès à plusieurs fonds de carte en plus des Top 25 :
- la carte des pentes de plus de 30°, très utile pour les skieurs de randonnée qui veulent éviter les zones d'avalanche ;
- OpenCycleMap, adapté aux cyclistes et vététistes ;
- les cartes IGN 1950 pour observer l'évolution du territoire (recul des glaciers, urbanisation) ;
- les cartes d'État-Major (1820-1866), un fond historique magnifique ;
- les cartes aéronautiques OACI pour les pilotes de parapente ou ULM ;
- les parcelles cadastrales, pratiques pour savoir à qui appartient le terrain que vous traversez.
Le téléchargement des zones se faisait simplement : on traçait un rectangle sur la carte, on choisissait le fond, et en quelques secondes la zone était stockée dans le cache du téléphone. Pas de manipulation complexe d'agrégation de données.
Pour les traces GPX, IGNrando permettait d'en importer depuis son propre stock ou de les créer en enregistrant un parcours en direct. La navigation suivait le tracé avec une alerte si on s'en écartait. Pas de guidage vocal, mais un suivi visuel clair.
Ce qui manquait à IGNrando
Malgré ses qualités, l'application avait des lacunes. La principale : l'absence d'une communauté active. Contrairement à Visorando ou à WeTrek, on ne trouvait pas des milliers d'itinéraires partagés par d'autres utilisateurs. Les parcours proposés venaient d'opérateurs touristiques (offices de tourisme, fédérations de randonnée). Pas de traces créées par des anonymes, pas de commentaires, pas de photos de terrain. Pour trouver une idée de sortie, il fallait souvent aller chercher ailleurs.
Autre point faible : pas de fonction de calcul d'itinéraire automatique. Impossible de dire à l'application "je veux aller du point A au point B par les sentiers" et de la voir tracer un chemin toute seule. Il fallait soit importer une trace existante, soit la dessiner manuellement. Pour les randonneurs qui improvisent, c'était un frein.
Enfin, la gestion des points d'intérêt (POI) restait basique. On pouvait enregistrer un point, lui donner un nom, mais pas y associer une photo ou une note détaillée. Les applications comme Outdooractive ou Komoot offrent bien plus de possibilités pour préparer et annoter un itinéraire.

La fermeture d'IGNrando et les alternatives
Le 20 novembre 2025, le site IGNrando.fr a fermé. Le service de téléchargement des données personnelles est resté accessible six mois, jusqu'au 28 mai 2026. Si vous n'avez pas récupéré vos traces et vos points d'intérêt avant cette date, ils sont perdus. L'IGN a mis en place un site dédié (mesdonnees.ignrando.fr) pour faciliter le transfert vers sa nouvelle application : Cartes IGN.
Cartes IGN, lancée en mai 2024, reprend l'essentiel des fonctionnalités d'IGNrando : fonds Top 25, téléchargement hors connexion, vue relief 3D, tracé et enregistrement de parcours. Elle ajoute des données thématiques (patrimoine, écologie, tourisme) et des itinéraires élaborés par des experts. L'objectif est d'élargir le public au-delà des seuls randonneurs.
Pour ceux qui veulent une communauté active, l'IGN recommande de se tourner vers WeTrek (édité par Ubicarta) ou Cirkwi. Ces applications conservent les traces partagées et permettent de trouver des itinéraires publiés par d'autres utilisateurs. Le choix dépend de ce que vous recherchez :
| Application | Points forts | Limites |
|---|---|---|
| Cartes IGN | Fonds IGN officiels, simplicité, vue 3D | Peu de traces communautaires, pas de calcul d'itinéraire |
| WeTrek | Large bibliothèque de traces, communauté active | Fonds de carte moins précis que les Top 25 |
| Cirkwi | Itinéraires professionnels, filtres par activité | Abonnement nécessaire pour certaines fonctionnalités |
Les erreurs à éviter quand on change d'application
La première : attendre trop longtemps pour récupérer ses données. Si vous avez des traces GPX stockées sur IGNrando, le transfert vers Cartes IGN est simple, mais la fenêtre de téléchargement est déjà fermée depuis mai 2026. Si vous n'avez rien fait, vos parcours sont inaccessibles.
La deuxième : supposer que toutes les applications se valent. Cartes IGN est idéale si vous voulez la cartographie IGN officielle et une interface épurée. Mais si vous cherchez à découvrir de nouveaux itinéraires, vous serez déçu. WeTrek ou Cirkwi sont meilleurs pour ça. Prenez le temps de tester l'interface de chaque application avant de vous engager, surtout si vous partez en zone blanche et que vous comptez sur le téléchargement hors ligne.
La troisième : négliger la gestion des POI. Si vous avez l'habitude de noter des points d'intérêt (refuges, sources, passages délicats), vérifiez que votre nouvelle application permet de les importer et de les enrichir. Cartes IGN le fait, mais de manière basique. Komoot ou Outdooractive offrent plus de flexibilité.
Garder le bon côté d'IGNrando sans tomber dans ses défauts
IGNrando a eu le mérite de rendre la cartographie IGN accessible à tous, sans jargon technique. Sa simplicité restait son meilleur atout. Mais elle n'était pas une solution universelle. Pour la préparation de sorties en montagne exigeantes, mieux vaut combiner plusieurs outils : Cartes IGN pour le fond de carte, WeTrek pour trouver des traces, et une application dédiée à la navigation (comme Gaia GPS ou Outdooractive) si vous avez besoin de calculs d'itinéraire ou de couches météo.
Si vous êtes un randonneur régulier, ne misez pas tout sur une seule application. La fermeture d'IGNrando le rappelle : les services numériques évoluent, et vos données doivent pouvoir être transférées. Gardez vos traces GPX sur un disque dur ou un cloud personnel. Et avant de partir, testez toujours le téléchargement hors ligne de votre nouvelle appli dans une zone connue. Rien de tel qu'un échec de chargement au pied d'un col pour vous rappeler que le papier, lui, ne plante jamais.








